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samedi 7 décembre 2013

Au bout des machines à écrire (Dominique Fabre)

Au bout des machines à écrire
dont il ne reste rien
dont on ne fait pas le hasard
ni la pluie ni le beau temps 
à travers les années
espérer quelqu'un 
une apparition
une réconciliation
retrouver les mots anciens
les chants les paroles
retrouver les Indiens
de ces vieux continents
qu'on entend
encore 
parfois


Dominique Fabre est connu pour ses romans et ses nouvelles (J'aimerais revoir Callaghan chez Fayard, ou Il faudrait s'arracher le coeur, aux éditions de l'Olivier) dans lesquelles ses personnages, de petites gens, évoluent et se débattent dans des existences souvent alourdies par des enfances disloquées.
Son travail poétique lui permet de s'affranchir des formes conventionnelles, et de travailler des épures au contenus denses et inquiets.
Après un premier recueil (Avant les monstresparu chez Cadex en 2009), nous publions aujourd'hui Au bout des machines à écrire, dans lequel le lecteur retrouvera les thèmes sensibles qui jalonnent son oeuvre.


Au bout des machines à écrire
Dominique Fabre
Photographie Geneviève Gleize
86 pages
ISBN 978-2-918958-84-8
12€





Interdiction absolue de toucher les filles même tombées à terre (Claude Favre / Eric Pessan)



Au commencement étaient deux auteurs,
Claude Favre et Éric Pessan. 

Au commencement était un titre, un titre comme une injonction, celui que Claude Favre donne à un long poème, récit de la chute vertigineuse des filles.

Les filles c'est comme ça, comme ça
qu'elles à caresses, trop.
Les filles ça tombe, plutôt au mauvais moment.
Tombent, un peu qu'elles tombent,
beaucoup, avec des idées quelques unes derrière la tête, sans grâce. 
Tombent, pour tomber, effrontément, elles tombent.
Tombent.

Éric Pessan le reprend et déroule la chute d'une fille, d'une seule. Il y met des didascalies comme si ça devait être dit. 

(Un très grand silence, étiré jusqu'à la seconde où il devient insupportable)
Ma langue.
C'est ma langue.
Je n'ai plus de langue(geste vague).
Parfois.
Je crois que ça se passe comme ça(geste arrêté).
Depuis que je suis tombée, je n'ai plus de langue.

Ces deux textes sont rassemblés tête-bêche, serrés l'un contre l'autre, dans ce livre pour qu'on oublie pas leur fraternité.
Photographie de couverture Geneviève Gleize
12€
ISBN 978-2-918958-03-1
44 pages

Mon chien (Michaël Glück/Susanna Lehtinen)

MONCHIEN





Mon chien a commencé à parler tardivement. Sept mots, du lundi au dimanche, sept mots suffisent à la phrase qui ouvre le livre vers les pages qui tourneront jusqu'à ce point - mais est-ce vraiment un point - final, au bout de. Au bout de rien, lorsque tous les points contenus dans le chargeur de la première phrase égrèneront leur long chapelet - balancier de la main tremblante qui aura donné le jour à quelque chose d'un récit - alors il faudra bien qu'un dernier s'enfonce, à son tour, dans la solitude du papier. À moins d'un renoncement coupable au moindre usage de la ponctuation. 
Il faudra bien que ce dernier point raconte, lui aussi, son histoire. Ah, cet irrépressible besoin d'histoire qui, toujours, taraude les encriers, rumine dans le moindre crayon, ressasse, ressasse, dans la moindre circonvolution frontale. 


Les mystères de l'écriture sont pour Michaël Glück aussi opaques que ceux de ce chien. Celui-ci se met à parler, augmente progressivement  son vocabulaire et envahit insidieusement la pensée de l'auteur. 
Ce texte est accompagné des dessins de Susanna Lehtinen dont le  crayon traduit sur le papier les cheminements complexes de la création.

Textes et dessins se répondent sur une feuille papier rive tradition blanc 170g, pliée et présentée sous blister.
ISBN 978-2-918958-05-5
6€

Le noir dedans (Thomas Vinau)

C'est noir dedans
Depuis tout petit
depuis toujours
et pour tout le temps
C'est noir dedans

C'est pour ça que les enfants pleurent le soir dans leurs lits. Qu'ils ont peur des monstres. C'est parce qu'ils ont peur de leur noir dedans. C'est pour ça que les schizophrènes invitent leurs hôtes. Leurs monstres. C'est parce que c'est noir dedans. C'est pour ça qu'on s'invente des histoires. C'est pour ça que certains hommes tournent le plus vite possible sur eux mêmes jusqu'à l'ivresse où qu'ils mâchent des plantes ou qu'ils boivent des fruits pourris. C'est parce qu'ils ont peur de leur noir dedans.

Amateur de mots-miettes, de mots-poussières et de poèmes-allumettes, Thomas Vinau est l'auteur de plusieurs recueils de nouvelles et de poèmes. Il publie en 2011 son premier roman, Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, aux éditions Alma. 


Livre-dépliant sous blister.
Photographie et mise en page Geneviève Gleize
17 pages
ISBN 978-2-918958-02-4
6€

Moi je suis quand même passé




  • se souvient des marins qui préféraient ne pas savoir nager pour souffrir moins longtemps en cas de naufrage.
  • ne sait ce qui le retient d'envier le naufrage. Un obscur instinct le pousse à espérer. 
  • arrêt, plus de prise.
    Pas même un signet pour servir d'ancre.
    Flotte.


Éric PESSAN écrit ce texte au fil des semaines entre octobre 2009 et février 2010. Il le met en ligne régulièrement sur Twitter. Cette période correspond à une attente, marquée d'élans et de reculs. L'auteur écrit ce journal de patience en respectant la double-contrainte de cent-quarante caractères maximum par tweet et l'utilisation de la troisième personne, le nom de l'utilisateur devenant le sujet de chaque phrase.
La mise en page de ce livre respecte cette contrainte et comme sur l'écran de l'ordinateur, procède du même déroulé chronologique, le début du texte étant en bas, et le sens de la lecture se faisant en remontant le fil du papier.

Photographie et mise en page Geneviève Gleize.
ISBN 978-291885801-7
Prix 6€

Territoires de la folie (Sylvie Durbec)


I - La Suisse
Je ne suis pas digne de marcher dans les rues de Paris.
Je ne suis pas digne de la France et de ses artistes.
Je ne suis pas digne de m'asseoir à la table où s'est assis Erza Pound.
Je ne suis pas digne de Lisbonne et de la poésie de Pessoa.
Je ne suis pas digne de traverser la frontière cers le Sud ou l'Ouest.
Comment hasarder mes pas dans des rues où les génies ont marché ?
(Voir les mêmes endroits, s'avancer au milieu de la foule, au-dessous du ciel français, 
est tellement au-dessus de mes forces qu'il vaut mieux que je reste ici, de ce côté de la frontière, à Hérisau.)
Je ne suis pas digne de côtoyer les ombres de Nerval, Baudelaire et Rimbaud.
Je suis suisse.
Neuvième écrivain suisse.

Sylvie Durbec inscrit ses pas dans ceux de deux personnages suisses aux destins si proches mais dont les routes ne ses sont jamais croisées, l'écrivain Robert Walser et l'artiste Louis Soutter. Ayant connu l'un et l'autre dans la deuxième partie de leurs vies un long enfermement dans des asiles d'aliénés, ce sont ces territoires que l'auteure est allée explorer en les faisant revivre dans leur quotidien de la folie.

Images de Valérie Crausaz.

ISBN 2-9523435-8-6
58 pages
12€